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« L’EPS aujourd’hui, demain ? » - EPS & Société

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« L’EPS aujourd’hui, demain ? »

Hébrard, Inspecteur Général, Professeur des Universités, retraité - 14 décembre 2021

Vaste sujet ! Injonction permanente pour un travail réflexif et prospectif nécessaire.

L’injonction n’est pas nouvelle, elle apparait en 1983 lors de l’instauration de la « Commission verticale », commission « permanente » et qui avait pour mission « d’analyser les conditions actuelles de l’enseignement » et de « faire des propositions...pour la rénovation des contenus et des méthodes de la discipline ».
La commission devint « Groupe Technique Disciplinaire » rattaché au « Conseil National des Programmes » instance permanente de propositions de réforme des contenus d’enseignement et d’évolution du système éducatif. Jusque-là ce travail d’évaluation et de proposition était dévolu aux corps d’inspections et à l’administration de l’EN.

Faire participer des représentants des acteurs (enseignants), des utilisateurs (parents d’élèves) associés aux inspecteurs, aux administrateurs et « experts » universitaires s’est révélé efficace et utile.

Faire participer des représentants des acteurs (enseignants), des utilisateurs (parents d’élèves) associés aux inspecteurs, aux administrateurs et « experts » universitaires s’est révélé efficace et utile.

Actuellement en sommeil un tel dispositif d’aide aux décisions de la politique éducative devrait être remis en fonction.

Aujourd’hui

Aujourd’hui évaluer une discipline d’enseignement c’est se poser au moins trois questions :

  • Répond-elle aux trois grandes finalités qui sont assignées à l’ensemble des disciplines ? : développer les potentialités et ressources de la nature d’un être ; transmettre les connaissances savoirs, techniques, normes et valeurs constitutifs de la culture tout en favorisant la construction de compétences à apprendre et à agir ; apprendre à vivre et agir en société.
  • Est-ce que les buts et objectifs que la discipline affiche dans ses programmes révèlent la spécificité disciplinaire, ce en quoi elle n’est pas comme les autres car elle implique plus que tout autre le corps ses « mécanismes » et ses pouvoirs ?
  • Est-ce que les contenus d’enseignement, le choix des APSA enseignées et les méthodes pédagogiques sont adaptés aux objectifs ?

Répondre à ces 3 questions c’est afficher l’identité de la discipline.

  • Identité d’appartenance (finalité commune),
  • identité de reconnaissance(spécificité),
  • Identité narrative (contenu, Méthode).

Mais identité n’est pas personnalité. L’identité d’une discipline ne rend pas compte de ce qu’elle est dans l’esprit de ceux qui l’enseigne.

Existe-t-il une définition partagée de l’éducation physique et sportive ?
Ce qui en tient lieu c’est une conception née dans les années 60. Une éducation par la pratique des APSA ou éducation sportive qui repose sur l’idée qu’une activité physique ou sportive est à la fois l’objet et le moyen de l’éducation.
Objet quand il s’agit d’initier transmettre et apprendre un savoir-faire, moyen quand l’apprentissage de ce savoir-faire permet l’acquisition de connaissances, de compétences, de savoir être transférables à d’autres activités que celles enseignées.

L’apprentissage est ici le produit et le producteur de connaissances, compétences, aptitudes, capacités…

Une seconde idée, plus problématique, et que chaque activité, chaque sport proposé à l’apprentissage sollicite des connaissances, compétences, qualités particulières et une éducation complète ne pourrait s’effectuer que par des apprentissages variés.

Force est de constater que cette identité et cette conception n’est pas perçue par le public et les élèves. Une telle ambition, pour être mise en œuvre, nécessite des conditions d’enseignement qui aujourd’hui sont insuffisantes, dès lors l’EPS ne peut faire ses preuves et le public ne peut l’apprécier concrètement.

Une « école parallèle » existe dans le domaine du sport. De plus en plus de familles inscrivent leurs enfants de plus en plus jeunes aux écoles de sport des clubs dans une activité de leur choix et constate que les apprentissages sont menés plus avant, ils en concluent que cette activité est tout autant sinon plus éducative que celles effectuées à l’école.

C’est dans ce contexte qu’on doit analyser la tentation des pouvoirs publics à « externaliser » l’EPS, le projet 2S2C n’est qu’une réplique, 50 ans après, des CAS.

Un scénario se profile où les élèves auraient la possibilité de remplacer les enseignements d’EPS par une pratique en club certifiée (validation des acquis). Ne resterait à l’école que l’enseignement réservé à ceux qui n’auraient pas voulu ou pu s’inscrire en club. Cette tentation organisationnelle présentée comme un supplément ou un complément peut déboucher sur une substitution ! Grave question à débattre avec le public (!) en sachant qu’aujourd’hui les décisions politiques se fondent moins sur des projets élaborés par des experts spécialistes que par la prise en compte des besoins et opinions des publics préalablement sondés.

Demain

Demain. Au-delà du regard porté sur le présent il est tout aussi nécessaire d’imaginer le futur. Une prospective est-elle possible ? Nous savons les difficultés voire l’impossibilité qu’il y a à prédire le futur, on ne peut éliminer l’incertitude, car on ne peut connaitre avec précision toutes les interactions dans un système (éducatif) complexe « L’imprédicabilité se trouve au cœur même du déterminisme » (E.Morin). On préférera la notion de perspective à celle de prospective et savoir prolonger les « tendances » (les lignes de fuites) considérées comme les plus probables et parfois aller jusqu’à la fiction.
Sous l’influence du « sport-spectacle-professionnel-commercial » les clubs sportifs fédéraux abandonnent le statut associatif pour celui des entreprises privées. Le modèle de la pyramide pour accéder au sport de haut niveau est lui aussi abandonné pour des centres de formations aux effectifs contrôlés. Pour de nombreuses activités de nouveaux « clubs » voient le jour hors du système fédéral (clubs de « gym », cours de yoga, cours Pilate, école de danse, de ski etc. Les adultes s’y abonnent d’autres et notamment les jeunes développent des pratiques hors institutions (pratiques de rue, skate, pleine nature, trail, etc.). Les clubs de sport amateurs semblent voués à la disparition, dans cette perspective on peut imaginer une école du futur (2081 !). Fiction : les disciplines scolaires ont disparu, l’enseignement est organisé selon des grands thèmes : « Le monde, la terre, l’humanité, la littérature, la vie… le corps etc. » (Voir E. Morin : Manifeste pour changer l’éducation). Chaque thème, plusieurs fois au cours de la scolarité, est traité au sein « d’ateliers » animés managés encadrés par des équipes d’enseignants « méthodologues », ils fonctionnent sur de longues périodes. Sur ce principe tous les après-midis sont consacrées à l’atelier « Corps et pratiques physiques et sportives ». Chaque établissement dispose ainsi de ce qu’on peut appeler un « club/ atelier omnisports et omni activités ». Entre établissements ont lieu des rencontres et compétitions : les championnats scolaires et universitaires. Ainsi à l’inverse du scénario de l’externalisation on aurait une « internalisation » des clubs de sports « amateurs » au sein de l’école. Jusqu’à l’âge adulte les pratiques physiques et sportives et artistiques de la jeunesse s’effectueraient au sein du système scolaire. Cette fiction ne serait-elle qu’un retour aux origines du sport au sein du système éducatif Anglo-saxon et ses clubs universitaires ?

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