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Formation de jeunes officiels (JOFF) en football . - EPS & Société

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Des pratiques

Formation de jeunes officiels (JOFF) en football .

Eric Olivéro professeur au collège de Marcoussis, Amar Haniche au collège Boileau de St Michel et Gilles Petitmangin professeur de mathématiques au collège de Montlhéry. - 11 mai 2014

Entretien réalisé par JP Lepoix.

On pourrait résumer l’idée qui a présidé à l’élaboration de ce projet qui s’est étalé sur 20 ans avant de chercher à l’étendre à toutes les AS du département :

Former un vrai sportif scolaire.

C’est à dire de faire en sorte :
- Qu’un jeune footballeur de l’AS connaisse l’essentiel des règles fondamentales du jeu, au point de ne pas contester une décision au prétexte qu’il les ignore, ce qui est hélas le cas de nombreux joueurs y compris de bon niveau technique.
- Qu’il soit en mesure de les faire appliquer au sifflet comme au drapeau.
- Que par cette responsabilisation assumée il contribue à faire échec aux représentations dominantes en matière d’arbitrage et ouvre une voie d’émancipation prometteuse pour de jeunes joueurs.
- Que cette dynamique dont on voit les effets positifs aujourd’hui puisse servir de catalyseur dans les autres départements, voire les autres sports collectifs qui ne se seraient pas encore mis en situation de relever ce défi.

1. Bilan actuel :

La formation des JOFF c’est le dossier phare de l’UNSS : il concerne près de 10% des licenciés. En 10 ans leur nombre a doublé, on en compte 384 en football dans l’académie de Versailles. Depuis la mise en place systématique de la formation, on peut affirmer que les contenus conceptualisés puis mis en œuvre chaque année permettent de lutter avec efficacité contre les représentations dominantes en matière d’arbitrage en football : prendre un sifflet pour arbitrer ses pairs n’est pas toujours évident, le ressenti négatif global qui entoure la fonction rend le rôle difficile mais c’est aussi ce qui fait son intérêt ; quand on met un sifflet dans les mains d’un joueur, c’est aussi le joueur qu’on change, à condition qu’on lui donne le temps et les moyens d’acquérir les compétences requises.

Depuis 10 ans on assiste à une pacification des rencontres et donc un meilleur déroulement de celles-ci, plus de respect entre les joueurs et dans le relationnel Profs-élèves, beaucoup de satisfactions donc chez ces profs qui ont joué le jeu et qui s’en félicitent aujourd’hui.

Ce premier bilan met en évidence que la pratique d’un sport à l’école est influencée par les finalités de celle-ci. A l’école les objectifs de citoyenneté sont clairement affirmés et doivent trouver la possibilité d’être atteints concrètement : la formation des jeunes officiels en est un exemple flagrant et réussi. Dans une fédération sportive les objectifs sont différents : les clubs veulent des arbitres pour être en conformité avec le règlement des instances. Il n’y a pas vraiment l’idée de formation des jeunes à organiser systématiquement, comme élément important de la formation du joueur. A l’UNSS c’est une dimension que nous avons totalement intégrée en ce qui concerne le football en collèges, dans le département de l’Essonne.

2. Conception de la formation

Modifier l’environnement humain dans lequel évoluent les joueurs : accepter d’être jugé et de juger. Les erreurs existent, elles font partie du jeu, c’est un état d’esprit à conquérir, parce que ce qui est difficile, c’est de jouer et d’arbitrer dans un climat hostile. Le niveau d’expertise de l’arbitre va contribuer à apaiser, voire rendre agréable ce climat, mais ça reste insuffisant si la méconnaissance des règles chez les joueurs incite ceux-ci à prendre l’arbitre pour un tricheur ou un incompétent.

A l’AS un joueur de football est donc joueur et arbitre, c’est indissociable : volontairement comme tu te formes à jouer, tu te formes à arbitrer aussi sur la base du volontariat. En effet, suivre la formation complète (du niveau district jusqu’au niveau académique) reste au libre choix de l’élève. Cependant au sein de l’AS on inculque très tôt le fait que toute équipe doit présenter des JOFF pour avoir le droit de jouer. Ainsi avec ce fonctionnement, il n’y a plus de confusion des tâches entre le jeune arbitre, le prof coach, et le superviseur qui assure une aide pédagogique et sécuritaire aux élèves-arbitres. Notons qu’en parallèle de ce travail de formation des élèves, notre commission d’arbitrage (constituée en majorité d’une douzaine de collègues spécialistes de l’activité et de deux arbitres officiels également enseignants) s’attache également à former les collègues qui animent une AS football afin qu’ils puissent à leur tour former leurs élèves à l’arbitrage.

Il faut ajouter un point important, pour un JOFF qui prend une licence à l’AS dès son entrée en 6ème, sa formation peut s’étaler sur toute la durée du cursus scolaire. C’est ainsi que nous avons en permanence, lors des compétitions, des JOFF débutants qui se sentent rassurés lorsqu’ils voient officier des arbitres plus expérimentés. Ils prennent conscience de la nécessité de se former et s’engagent plus facilement à poursuivre dans ce rôle d’arbitre ou d’assistant, car il existe toujours pour eux une alternative possible : prendre le sifflet ou le drapeau suivant leur motivation du moment ou leur niveau de certification.

3. Les étapes de la formation organisées sur une année civile :

Rappelons d’abord qu’en compétition un match est arbitré par une triplette de JOFF (l’arbitre au sifflet + deux assistants au drapeau). Les JOFF sont épaulés par un professeur superviseur qui assure leur protection sur le terrain et qui sert également de coach d’arbitre en régulant leurs prestations après match, facilitant ainsi leurs interventions à venir.

La formation porte à la fois sur les connaissances théoriques qui concernent les lois du jeu (nous avons fait le choix quelles soient abordées essentiellement à l’AS) et la connaissance pratique que représente l’arbitrage. Sur une année civile, nous avons différentes étapes qui vont de la sensibilisation au stage académique en passant par une phase de brassage et un stage départemental. Pour chacune de ces quatre étapes, nous avons instauré un fonctionnement sur le terrain sous forme de tutorat à savoir - un prof formateur/ un élève en formation. En dehors de la première étape qu’est la sensibilisation à l’arbitrage, nous avons mis en place, pour les trois autres étapes, trois situations d’apprentissage qui reprennent les moments importants voire incontournables auxquels l’arbitre et ses assistants seront obligatoirement confronté lors d’un match. Il s’agit des phases arrêtées qui incorporent toutes les mises et remises en jeu ; les déplacements de l’arbitre ; les déplacements et gestes de l’assistant.

a) La sensibilisation à l’arbitrage : elle concerne toutes les AS football et se déroule une même après midi dans chaque district en début d’année scolaire, courant octobre, avant de débuter les premières compétitions. Nous organisons un tournoi amical avec non prise en compte des résultats. Les élèves en sont informés, ce qui permet d’officier l’esprit libre sans avoir la peur de mal arbitrer. Le principe est simple : obligation de prendre le sifflet ou le drapeau (en étant accompagné d’un professeur qui explique et guide l’élève en situation). C’est pour nous un moment crucial et chargé symboliquement dans la mesure où il met en avant, pour toutes les équipes engagées en compétition, le fait qu’à l’UNSS si l’on veut jouer au football, et bien, il faut accepter d’arbitrer et de se faire arbitrer par les adversaires. C’est à ce moment là que nous créons en quelque sorte un nouvel état d’esprit, qui petit à petit va modifier les représentations chez nos élèves.

b) Le brassage : il s’agit, sur une après midi, de regrouper parmi toutes les AS du département, les élèves les plus motivés pour arbitrer et suivre une formation pouvant les amener, après une sélection, jusqu’au stage départemental et par la suite pour les douze meilleurs d’entre eux jusqu’au stage académique. Nous recevons en moyenne quatre vingt élèves répartis sur deux centres d’accueil. Cette étape nous permet d’établir une première liste, qui pourra évoluer, d’élèves susceptibles de participer au stage départemental.

c) Le stage départemental : il se déroule sur une journée entière le plus souvent au mois de mai. Il concerne une cinquante d’élèves, sélectionnés à partir du brassage, du niveau de motivation et de la qualité des prestations jugées lors des différentes compétitions qui se sont déroulées jusqu’alors. Les élèves sont évalués sur les connaissances théoriques et au niveau de l’arbitrage concernant les deux rôles : arbitre et assistant. Les arbitres certifiés niveau départemental sont retenus en priorité pour officier lors des phases finales de la coupe de l’Essonne et du critérium académique.

d) Le stage académique : a lieu au mois de novembre de l’année scolaire suivante. La structure d’accueil est le prestigieux Centre Technique National Fernand Sastre (CTNFS). Ce stage est prévu sur deux jours et reçoit quarante huit élèves de l’Académie de Versailles parmi les douze meilleurs JOFF de chaque département. La session se termine par une certification. Cette année, douze élèves du département de l’Essonne, certifiés niveau académique sont retenus pour arbitrer le championnat de France cadettes qui se déroulera à Saint Geneviève des Bois (91) en mai 2014.

4. Les situations d’apprentissage et les contenus :

a) Pour l’arbitre, le placement et les déplacements sur le terrain
La situation d’apprentissage nécessite un terrain de football à 7 avec deux équipes qui effectuent un match.

Il s’agit pour le JOFF de la conduite d’un match avec comme objectif principal la maitrise de son placement et de ses déplacements. Pour cela il est accompagné physiquement par un formateur qui le suit continuellement sur le terrain et lui prodigue des conseils pour le rendre plus performant. C’est l’occasion pour le JOFF de prendre conscience que tous ses déplacements se feront en prenant comme référence la diagonale du terrain qui se trouve à l’opposé de la position des assistants placés chacun le long d’une ligne de touche. Les élèves se rendent compte qu’il faut courir pour être proche de l’action et se replacer systématiquement afin d’avoir en vision permanente l’un des deux assistants suivant l’endroit où se trouve le ballon sur le terrain.

b) Pour l’arbitre, les placements sur les phases arrêtées :
La situation d’apprentissage nécessite un demi-terrain de football à 7 et des plots situés à différents endroits du terrain qui représentent une mise ou remise en jeu spécifique. L’objectif principal étant pour l’arbitre de savoir se positionner, indiquer par les gestes la nature de la décision, surveiller le bon positionnement des joueurs et ceci pour chaque phase.

c) Pour les assistants, la gestuelle et les déplacements :
La situation d’apprentissage nécessite une aire de jeu d’environ 25mx15m avec cibles de 3m de large matérialisées par des plots. Deux équipes à effectif réduit (4c4) jouent en auto arbitrage sans tenir compte de la règle du hors jeu

L’objectif est de travailler la gestuelle, les déplacements courts en pas chassés, le placement par rapport à l’avant dernier défenseur pour signaler les hors jeu et la prise de décision qui doit être rapide.

La particularité de cette situation d’apprentissage est liée au fait que les deux équipes s’auto arbitrent sans tenir compte des deux assistants qui se déplacent tout le long de leur ligne de touche afin de signaler toutes les infractions au règlement (hors jeu, sortie en touche, corner...) en effectuant les gestes adaptés aux différentes remise en jeu sans oublier de signaler les hors jeu.

Nous trouvons cette situation très intéressante car, en permettant aux deux équipes de jouer sans la règle du hors-jeu, cela favorise justement les positions de hors jeu et permet ainsi aux assistants de se retrouver très souvent en prise de décision.

5. Une formation à étendre :

Les sanctions : en fonction de la gravité de la faute et notamment la contestation des décisions de l’arbitre : l’avertissement, le carton blanc avec exclusion temporaire différente selon les catégories et le type de rencontre (de 3 à 7minutes), le carton jaune avec pénalité d’1 pt, rouge pénalité 3pts. Pénalités utilisées lors des matchs en cas d’égalité de scores pour départager les équipes. Signalons qu’en général les cartons sont rarement utilisés, ce qui est un signe plutôt positif.Cette formation prend du temps, mais elle se déroule dans un cadre convivial apprécié par nos collègues et qui permet sans doute le niveau d’investissement qu’elle implique. Nos résultats sont incontestables mais nous nous posons encore des questions : d’abord essayer de faire en sorte que tous les collègues animant une AS FB forment et se forment. Faut-il imposer une formation minimale pour participer aux interdistricts ? Un certificat de district pour participer aux finales départementales ? Pourrait-on proposer une information-formation aux étudiants en STAPS ? Comment faire pour que cette formation diffuse ailleurs… ?Parce qu’au-delà de la formation spécifique, elle provoque parfois le raccrochage scolaire et est même utilisée parfois dans les entretiens d’embauche.

Eric Olivéro : prof EPS en collège et animateur d’une AS football depuis 15 ans, membre de la commission d’arbitrage UNSS 91, élu des AS91.
Amar Haniche : professeur d’EPS en collège animateur d’une AS football depuis 1987. Membre de la commission d’arbitrage UNSS 91, élu des AS91 ; BEES 2 Football.
Gilles Petitmangin : prof de maths en collège, membre de la commission d’arbitrage UNSS 91, arbitre officiel.

Cet article est paru dans Contrepied HS n° 9 - Mai 2014

Retrouvez des propositions d’ateliers pour la mise en oeuvre de la formation ici.

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Recherche menée en partenariat avec le SNEP-FSU et le Centre EPS et Société [1]

Alors que le ratio de femmes progresse dans la plupart des filières universitaires, un mouvement inverse s’opère dans la filière STAPS avec une baisse significative de la part des filles depuis ces vingt dernières années. Avec moins d’un tiers de femmes (26% en L1 d’après l’enquête menée par la C3D [2] en 2017, 29% en STAPS d’après le MESRI [3]), les formations aux métiers du sport sont « une affaire masculine » (Delignières, 2018) [4] et ces écarts « modèlent les inégalités de carrière entre les sexes » (Duru-Bellat, 2004, 70) [5], notamment dans le cadre de l’enseignement d’EPS où les femmes ne représentent que 35,6% entre 2010 et 2017, contre 43% la decennie précédente (Szerdahélyi, 2018) [6]. Si cet état de fait questionne l’attractivité des métiers du sport auprès des jeunes femmes, il est aussi nécessaire d’analyser les processus d’orientation scolaire qui construisent et renforcent cet éloignement des filles. Pourquoi, malgré la progression des licenciées et des pratiquantes sportives dans notre société, les choix d’orientation des filles les tiennent à distance des métiers du sport ? Pourquoi les STAPS constituent un véritable angle mort de la sous-représentation des femmes dans les filières scientifiques et techniques, alors même que les injonctions ministérielles font de la parité un objectif (40% d’étudiantes en filières scientifiques visé pour 2020) ?

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